Radiographie des temps

Dans le cadre des ateliers culturels, proposées par la Direction culture et initiatives, les associations DIPP et Artaban ont animé un atelier vidéo autour du 1% artistique. À cette occasion, les étudiants de l'université se sont appropriés une œuvre et d'un œil subjectif, nous ont raconté son histoire. Découvrez ici, l'œuvre Radiographie des temps d'Orlan (2011), située sur le campus Centre ville,  lié à la construction du nouveau bâtiment Santé, UFR de Pharmacie, vue par Justine Hubon, Morgane Thomy et Sara Desnos-Archimbaud.




La démarche d'un artiste est une recherche qui invente ses propres protocoles. Orlan mène une œuvre forte et engagée qui interroge le statut du corps dans la société ainsi que ses systèmes de représentation. Elle travaille son corps d'artiste -celui d'une femme-  comme un « lieu de débat ». L'artiste a mené pendant plusieurs années des actions successives pour modifier physiquement  son corps et son visage selon les principes d'un « art charnel » dont elle a défini les fondements.

Conçu spécialement pour le bâtiment de recherche en santé, l'oeuvre Radiographie des temps  reprend des techniques d'imagerie médicale. La correspondance entre la recherche scientifique, technique, et la recherche artistique stimule Orlan depuis de nombreuses années. L'artiste a choisi son corps humain comme celui d'une action permanente : il mesure les espaces, se transforme par la chirurgie esthétique, dépassant la question thérapeutique pour rencontrer celle de l'éthique. Elle créée des images qui intègrent la performance par le  virtuel « se mêlant au réel comme sa part d'imaginaire », dans une logique à la fois instrumentale, revendicative et poétique.

Sur les portraits photographiques hybrides présentés à l'Université, les traits du visage d'Orlan (l'actuelle Orlan) ont été mêlés à certaines figures de la beauté et des objets d'art de civilisations africaines; des images-combinatoires « du passé et du présent, de la sculpture, des masques et de la photographie, de la peau d'Orlan et de la pierre, du bois, de la chair, des blessures et des cicatrices ». 

La mixité, concept fort de l' œuvre de l'artiste comme en témoignent les titres de cette série - Self-hybridation africaine. Masque tricéphale Ogoni du Nigéria et visage mutant de femme franco-européenne - fait naître  des « images d'images ». Les mythes et les figures doubles que l'artiste décline dans le lieu ouvrent un espace de dialogue, une mise en parallèle des recherches scientifiques (techniques) et esthétiques.



Le regard d'Orlan sur son oeuvre : « Les dispositifs d'implantation des œuvres impliquent une mise en jeu du corps, des corps à travers le vécu physique des étudiants, des personnels, des professeurs et des visiteurs.

Pour regarder les œuvres au plafond, il faut vouloir les voir, prendre une position physique peu confortable, il faut s'arrêter un instant, interrompre un trajet ou prendre le temps d'une pause. Pour voir, il faut le décider.

Au plafond, l'image ne s'impose pas comme sur un mur, le dispositif permet de respecter le parti pris de l'architecte. Les images sont imprimées sur de la toile tendue sur la travée en plafond dans la double hauteur.

Au sol, s'ouvre en contre-point une brèche lumineuse recouverte d'une plaque de verre sur laquelle on peut marcher pour voir au fond l'image d'un caisson lumineux, « une image qui nous regarde ». Là encore on s'y engage physiquement en marchant sur le verre.

(En façade, les deux œuvres visibles de la route et de l'autre côté de la Loire, sont disposées à l'intérieur des vitres, elles font appel et s'inscrivent en acrotère de la  façade sud. )

Les images dans le lieu proposent un arrêt dans le (temps) passé et dans un parcours d'artiste. Hybridation des temps, celui de l'actuelle ORLAN et celui d'une photographie d'archive ; photographies d'un présent du corps hybridées à des visages et masques africains; radiographie d'un temps passé, l'histoire de la ville de Nantes.

La radiographie révèle le normal et le pathologique dans une image blanche et noire que l'on doit rétro-éclairer pour bien la voir. Ces images mettent les corps et les regards en jeu. »