"La culture est un lien qui traverse toute l’université"

Emmanuelle Bousquet, vice-présidente culture de l'Université de Nantes

Emmanuelle Bousquet est vice-présidente déléguée Culture à Nantes Université. À l'occasion de son deuxième mandat, elle répond à nos questions.

Quelles sont les valeurs et les ambitions culturelles pour Nantes Université ? Pour Emmanuelle Bousquet, pour qui « les campus sont des lieux de culture », il s’agit d’un côté d’œuvrer au rayonnement de l’université, et de l’autre à la proximité entre les publics, les artistes et les chercheurs pour affirmer une culture commune.

Jauges réduites, distanciation physique, ateliers de pratique en ligne,… Les propositions culturelles de l’université ont été adaptées pendant le premier semestre. Quelles leçons en tirer pour l’avenir de la culture sur les campus ?

Toutes les manifestations du premier semestre ont été des adaptations. Le fait notamment de proposer des contenus culturels en ligne a reposé sur la nécessité de garder du lien, mais ce ne sont pas des actions qui peuvent être multipliées dans le temps et, surtout, limitées à des événements en distanciel. La culture, c’est du lien, elle doit se vivre collectivement et sur les campus pour que les communautés puissent se mélanger, se découvrir, se rencontrer, vivre des expériences. Ce genre de « magie » et ces émotions doivent être vécues sur les campus. Les expériences par ordinateurs interposés peuvent être très belles, mais leur but reste de garder le lien.

Quelles valeurs guideront les axes culturels des quatre années à venir ?

Je pense que c’est important que la culture puisse participer à l’attractivité de Nantes Université, à son rayonnement à la fois dans son territoire et au-delà. Cela peut se faire par des actions collectives ou plus individuelles. D’un côté, Nantes Université s’inscrit dans un territoire culturel qui soulignent la modernité et la vitalité de Nantes Université : le lien très fort que nous construisons avec le Voyage à Nantes, avec les Ecoles d’art, notre implication dans l’Université Européenne sur le bien-être (EUniWell), en sont des exemples. Et d’un autre côté, l’attachement à une université ouverte, solidaire, se fait à travers ses communautés, à travers chaque étudiant qui emporte avec lui, en Erasmus, en stage, etc., toutes les expériences et valeurs qu’il a pu acquérir à l’université. C’est en ce sens que les cultures plus intimes peuvent aussi participer à l’attractivité et au rayonnement de Nantes Université. Nous sommes la culture, nous faisons la culture, partageons-la !

Ces premières actions renforcent, à une autre échelle, les actions de proximité avec les communautés universitaires qui sont l’une de nos grandes missions. Il faut continuer à développer les ateliers de pratique culturelle et artistique, les Unités d’Enseignement et de Découverte (UED) culturelles inscrites dans les formations, les artistes reçus sur les campus. Je pense aussi au Théâtre Universitaire, lieu fort de culture qui permet de développer des relations entre l’université et les autres communautés du territoire, et de rencontrer des artistes. Le TU-Nantes est un lieu d’émergence artistique, très symbolique de ce qu’est l’université. Les actions de proximité, qui permettent de vivre des expériences communes et multiples, participent à la cohésion des communautés sur les campus et à la construction de leurs identités culturelles. Finalement, j’aimerais affirmer que la culture est vraiment un lien qui traverse toutes les fonctions de l’université.

Enfin, nous aimerions développer, encore plus que ce qu’ils ne le sont, les imaginaires des étudiants. La culture permet de faire tomber les murs, c’est une manière de se libérer et d’avoir cet esprit critique tellement nécessaire pour comprendre le monde qui nous entoure. La culture est toujours quelque chose d’optimiste, et nous en avons besoin !

Quelle place Nantes Université donne-t-elle à la création étudiante ?

Les ateliers de pratique culturelle et artistique, par exemple, permettent de développer et d’accompagner la création étudiante. Je me souviens aussi de Café PoïPoï en 2019 : c’était un mélange formidable qui, à travers un café éphémère, permettait aux étudiants d’expérimenter la création de façon informelle, non intégrée à un cours. Cela a été une résidence d’artistes qui faisait cohésion et qui libérait beaucoup d’énergie. C’était un beau moment de création.

Le Festival Turbulences de la création étudiante, qui se déroule chaque année au mois de mars, est exemplaire d’une force collective et d’une diversité des points de vue. C’est une richesse incomparable. Et pour stimuler cet appétit, il faut des artistes qui soient présents sur les campus ; des artistes qui apportent un regard professionnel sur les pratiques artistiques mais qui soient aussi dans la recherche.

Mais à mon avis, il n’y a pas encore assez de place laissée à la création au sein de nos universités. En tout cas, pas assez de lieux qui ne soient pas uniquement des lieux de formation, mais des lieux qui soient ouverts, où les étudiants peuvent faire des expériences et créer. Ces lieux de création nous manquent, que ce soit sur les campus ou à l’intérieur des laboratoires de recherche. Pour stimuler la création étudiante, il faut donc plus de lieux et d’artistes.

Le projet culturel, un peu fou, dont vous rêvez pour l’université ?

J’imagine un projet qui envahirait la ville, quelque chose qui déborderait des campus et qui puisse montrer la vitalité et la créativité de l’université, des étudiants. Nous sommes un peu sages… Ce serait formidable de créer dans un espace plus vaste que celui des campus, créer une œuvre gigantesque commune à toutes les universités d’Europe par exemple ! On montrerait que les communautés universitaires créent du lien et mélangent les publics, même dans les moments difficiles. Un coup de génie quoi !