Axe incontournable de la stratégie globale de l'Université de Nantes, les relations internationales s'adaptent aux enjeux mondiaux d'enseignement et de recherche. Les objectifs s'articulent autour de 4 thèmes : optimisation de l'accueil, développement de l'attractivité à travers l'internationalisation de la recherche et de nos formations, accroissement de la notoriété et promotion de l'interdisciplinarité.

Entretien avec Gwenaele Proutière-Maulion, vice-présidente en charge des Affaires européennes et des Relations internationales (RI).

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Pouvez-vous nous décrire la stratégie en matière de relations internationales de l'Université de Nantes et les conditions de sa réussite ?

Gwenaele Proutière-Maulion : La réussite de l'internationalisation de l'Université de Nantes implique que nous concilions toutes nos ambitions. Quelles sont-elles ? Devenir dans les dix prochaines années l'une des universités françaises interdisciplinaires les plus renommées, parmi celles les plus ouvertes sur le monde, tout en tenant compte des enjeux géostratégiques et d'innovation scientifique. Pour atteindre ces objectifs, nous devons conclure des partenariats avec des universités d'autres pays qui garantissent la qualité d'accueil de nos étudiants et avec lesquelles nous pourrons créer des programmes de recherche dont la plus-value scientifique n'est pas à démontrer. C'est-à-dire travailler avec les meilleurs dans les domaines dans lesquels notre recherche est remarquable. Notre stratégie doit également participer au développement de notre territoire. Quand des entreprises nationales ou internationales investissent en Pays de la Loire, il est essentiel qu'elles sachent qu'elles trouveront à l'Université de Nantes des compétences et des savoirs qu'elles ne trouveront pas ailleurs.

Sur quels atouts de l'Université vous appuyez-vous dans cette compétition mondiale ?

G. P.-M. : L'Université de Nantes est renommée à l'étranger pour la qualité de l'accueil et de la prise en charge des étudiants. Elle est aussi reconnue au niveau européen et mondial pour la qualité de sa recherche. L'Université peut ainsi se prévaloir de ses laboratoires et de ses programmes de recherche qui ont un véritable rayonnement international. La meilleure preuve se trouve dans le nombre de bourses ERC (financement European Research Council du Conseil européen) qui distinguent nos chercheurs. D'autres atouts s'ajoutent à notre renommée. Le fait d'être une université pluridisciplinaire nous permet de proposer une offre de formation particulièrement attractive. Nous favorisons de longue date, par habitude et curiosité, les échanges entre les disciplines. Il nous faut désormais transformer un savoir-faire pluridisciplinaire en un réflexe interdisciplinaire.

Quels sont les freins et les axes d'amélioration à cette politique internationale ?

G. P.-M. : Comme toutes les universités françaises, notre plus grand handicap est financier. Les difficultés budgétaires actuelles touchent tous les domaines et les relations internationales ne dérogent pas à la règle. Il nous faut donc réfléchir à des modes de financement alternatifs, par les collectivités territoriales par exemple, pour développer notre stratégie. À nous de prouver les bénéfices pour Nantes et sa région de posséder une université renommée et performante sur son territoire ! Nous devons également améliorer notre offre de cours en langue étrangère pour attirer les étudiants internationaux et favoriser la mobilité de nos étudiants. Elle est pour le moment insuffisante, mais nous y travaillons pour chaque UFR. Si l'accès à des cours en langues étrangères semble un atout pour l'attractivité internationale de l'université, cela permet également d'offrir à nos étudiants les meilleures conditions d'apprentissage et des compétences supplémentaires à valoriser sur un CV.

Quelles améliorations souhaitez-vous mettre en œuvre pour l'internationalisation de la recherche ?

G. P.-M. : Nous travaillons sur deux axes. Le premier encourage l'internationalisation des laboratoires en favorisant les interactions entre nos chercheurs et les chercheurs des universités étrangères. Pour faciliter ces échanges, un appel d'offres commun entre la commission Recherche et le CURI (Conseil Universitaire des Relations internationales) permet, par exemple, de prendre en charge les déplacements et l'hébergement des collègues étrangers. Le second axe favorise le départ à l'étranger des chercheurs nantais. Jusqu'à présent, le CURI finançait des déplacements pour l'enseignement. Nous l'avons désormais ouvert à des déplacements renforçant le lien formation- recherche (en savoir plus sur la politique d'internationalisation de la Recherche).

Le CURI apparaît comme la pièce maîtresse de votre stratégie. Pouvez-vous nous expliquer son rôle ?

G. P.-M. : Je qualifierais le CURI avant tout d'instance d'impulsion, d'espace de dialogue et de concertation. Les relations internationales entre universités ou entre laboratoires ont toujours comme point de départ une relation de travail et de complicité intellectuelle entre des enseignants-chercheurs. Le rôle du CURI n'est pas de créer et de piloter ces relations humaines, mais de pérenniser à l'échelle de l'université les liens entre les institutions, pour que les partenariats puissent se développer au-delà de l'initiative personnelle.

Depuis 2012 et votre prise de fonctions en tant que Vice-présidente des relations internationales, vous avez mis en œuvre une grande réforme du CURI. Quelles en sont les principales évolutions ?

G. P.-M. : Depuis 2012, nous avons effectivement mis en œuvre une grande réforme du CURI. Les commissions de travail qui le composent, sont désormais présidées par un binôme d'enseignants-chercheurs représentants des sciences humaines et sociales et des sciences exactes. Par exemple, pour la commission Mer, la présidente est juriste et le vice-président biologiste.
Pour que ces commissions de travail puissent fonctionner, il était en effet essentiel que les participants connaissent les travaux de leurs collègues, et une pratique interdisciplinaire paraissait de nature à favoriser ces échanges.   
 
Ce dispositif a très bien fonctionné. Non seulement les commissions travaillent efficacement, mais depuis l'automne 2013, elles se sont engagées spontanément dans des travaux communs. Les enseignants-chercheurs ont découvert que la mutualisation de leur travail était un gage d'efficacité. Ainsi, nous négocions en ce moment un accord avec l'Université de Liverpool auquel participent les commissions Mer, Matériaux et Erasmus. Ce partenariat va bénéficier à différentes disciplines comme le droit, la géographie, les sciences, les langues, l'histoire. Cela a été rendu possible par un travail collectif. De même, nous souhaitions être choisis par les instances européennes comme leader d'un programme Erasmus Mundus avant la fin du mandat de l'équipe actuelle. Grâce à cette dynamique mais aussi au travail réalisé au sein de Polytech, c'est chose faite depuis septembre 2013 !

Comment se déroule la mise en place d'un partenariat international ?

G. P.-M. : Quand une équipe d'une UFR souhaite négocier un partenariat, elle prend contact avec les services de la DRI qui vont l'accompagner dans la phase technique de montage, lui apporter une aide face aux obstacles institutionnels, vérifier que le programme respecte toutes les conditions juridiques... Une fois le dossier instruit, il est présenté devant les commissions adéquates du CURI qui rendent leur avis. C'est une étape essentielle pour la réussite de la coopération.

Quelles sont les initiatives mises en œuvre pour l'accueil des étudiants et les enseignants-chercheurs étrangers ?

G. P.-M. : Le point de départ du dispositif d'accueil des étudiants internationaux est véritablement le guichet unique qui se trouve à la Maison des Échanges Internationaux et de la Francophonie (MEIF). II se déroule deux fois par an, au début de chaque semestre. Le guichet unique permet de centraliser l'ensemble des interlocuteurs auxquels doit s'adresser un étudiant en arrivant en France. Accompagné d'un tuteur qui parle sa langue, il va rencontrer les représentants de la Préfecture, des mutuelles de santé, préparer son dossier d'inscription et s'informer sur la sécurité sociale, le logement (CROUS), les transports...
Depuis 2013, la Préfecture vient désormais à la MEIF avec son matériel d'identification pour que toute la procédure se déroule en une fois. Pour les enseignants-chercheurs, l'Université participe activement au fonctionnement d'un lieu d'accueil à l'année, la Maison des Chercheurs étrangers (MCE), qui propose la même gamme de services administratifs que pour les étudiants et peut les loger le temps de leur séjour.

L'accompagnement des étudiants étrangers est-il limité au moment de leur inscription ?

G. P.-M. : Non, bien sûr. Par exemple, grâce à l'i-FLE, les étudiants ont accès à des cours de français gratuits. Nous les invitons également à se rendre en cas de besoin au service de médecine universitaire pour une prise en charge médicale gratuite. Par ailleurs, à partir de septembre 2014, et grâce au soutien de la Région Pays de Loire, un accueil par des tuteurs multilingues sera expérimenté dans les cités universitaires Fresche-Blanc et Launay Violette pour que les étudiants ne se retrouvent pas seuls une fois le passage au guichet unique effectué. La vie associative du campus est également très riche. L'association ESN Nantes Autour du monde, composée d'étudiants internationaux organise ainsi régulièrement des événements festifs pour faciliter l'insertion des étudiants étrangers.

Nous avons parlé de la mobilité entrante. Qu'en est-il des étudiants nantais désirant partir à l'étranger ?

G. P.-M. : Nous avons mis en œuvre des cours gratuits de langues, moins dites comme le polonais, le finlandais, le coréen ou encore le turc, et les langues plus dites comme l'anglais, l'espagnol, le portugais. Les étudiants qui souhaitent partir sont accompagnés au sein de leur composante par les correspondants RI (correspondant enseignant-chercheur responsable de l'accord et correspondant administratif) pour la préparation de leur dossier puis pour leurs démarches administratives, leurs demandes de bourses, etc.

Vous cherchez à obtenir des certifications comme le label ECTS (European Credits Transfer System). Pourquoi ?

G. P.-M. : C'est un gage de qualité que nous espérons recevoir d'ici 2016. Le label ECTS est décerné à très peu d'universités. Il permettra de reconnaître nos efforts en matière de transparence, de circulation de l'information et de reconnaissance de la mobilité. Nous expérimentons d'ailleurs depuis le mois d'avril un catalogue de cours en ligne. Si le système fonctionne, nous l'appliquerons à l'ensemble des UFR. Nous effectuons également un vaste chantier administratif pour la reconnaissance sur les relevés de notes finaux de l'obtention des crédits ECTS et nous avons mis en place en début d'année un référentiel qualité permettant une évaluation et une valorisation de nos formations en double diplômes, nous inscrivant ainsi dans le cadre de la politique de qualité désormais menée à l'Université.

Enseignants, chercheurs, étudiants, tous participent à la renommée de l'Université. Comment peuvent-ils jouer le rôle d'ambassadeur de l'Université de Nantes à l'étranger ?

G. P.-M. : Pour être un bon ambassadeur de l'université il faut que tous soient fiers des recherches qu'ils mènent ou auxquelles ils participent, des formations qu'ils dirigent, des cours qu'ils suivent. Qu'ils soient fiers de la qualité de leur travail. L'Université de Nantes est reconnue pour toutes les pépites qu'elle peut offrir, comme ses axes d'excellence par exemple. Nous menons des projets formidables et de renommée internationale, mais nous en parlons trop peu. C'était d'ailleurs un des objectifs de la réforme du CURI : bousculer nos habitudes.