Pas commun, quoi !

Dans le cadre des ateliers culturels, proposées par la Direction culture et initiatives, les associations DIPP et Artaban ont animé un atelier vidéo autour du 1% artistique. À cette occasion, les étudiants et personnels de l'université se sont appropriés une oeuvre et d'un oeil subjectif, nous ont raconté son histoire. Découvrez ici, Naoned de Claire Roudenko-Bertin, située sur le Campus Lombarderie, vue par Kristina et Kévin...


L'œuvre : L'artiste a travaillé, dès le début du projet, en étroite collaboration avec les architectes. Sur les murs extérieurs, son travail prend la forme de formules chimiques : de grandes courbes, des spirales ou des ondulations côtoient des symboles chimiques de minerais et des codes scientifiques. Ces motifs sont issus de ses carnets réalisés pour le Fonds régional d'art contemporain. Ils quittent ici leur format réduit et leur support intime pour venir s'imposer à échelle monumentale. Ces « négociateurs », comme les nomme Claire Roudenko-Bertin, ne sont pas juste appliqués sur le mur mais issus de son substrat grâce à un procédé d'impression inédit qui leur donne une épaisseur de 2 mm.

A l'intérieur, 11 dessins sérigraphiés, « le carnet », occupent la coursive de la mezzanine. Cet espace de circulation est véritablement rythmé par la présence de ces schémas où se rencontrent codes électroniques, flèches et formes biologiques. Des notes écrites ponctuent les dessins avec des noms d'éléments chimiques, des formes et des procédures. 4 « prises de terre », dessins occupant le bas du mur du rez-de-chaussée, complètent cet ensemble.

D'une tout autre nature, les « transistors » sont installés en haut du mur de la coursive. Il s'agit de 17 assemblages de verre (30 cm sur 30 cm) constitués de 2 plaques de verre entre lesquelles sont disposées 17 substances prélevées dans le sous-sol nantais. Sur chaque plaque est installé un tube en laiton qui évoque le métal utilisé dans l'architecture du bâtiment, ainsi qu'une valve visant à dispenser les odeurs de ces substances. Ces « transistors » sont à mettre en parallèle avec les dessins géométriques qui se trouvent sous chacun d'eux et qui établissent une situation dans l'espace (dans le sous-sol nantais) de ces substances.

Ce travail est issu d'une résidence de cinq années de l'artiste à Nantes, son lieu de naissance, établissant un lien entre le territoire nantais et l'intimité de l'artiste. Dans NaONeD, on fait face aux arcanes de la pensée de l'artiste. Ses dessins nous font voir la géologie nantaise telle qu'elle l'a appréhendée, avec ses codes, sa grille de lecture. Ses « transistors » sont la matière de Nantes qu'elle veut nous faire respirer. Dans cette commande, s'opère un lien entre l'œuvre, l'architecture et sa fonction, entre l'intime de la recherche et la rigueur scientifique, l'architecture et la création artistique.

Matériaux : verre, laiton, et matières géologiques pour les transistors. Pour les dessins sérigraphiés : relief à base de mortier de surfaçage pour béton, liant résine et colorant pour ciment noir.

  • L'artiste et son travail : Née à Nantes en 1958, Claire Roudenko-Bertin sculpte ce qu'elle appelle « le champ émotionnel ». Sa matière première est l'espace invisible et tangible, dans lequel s'inscrit le spectateur, et qui est traversé et nourri par tous les constituants du monde, matériels et immatériels. Elle commence en 1995 un travail sur les relations entre la pensée et le territoire, et en partenariat avec Le FRAC des Pays de la Loire, entreprend un travail autour de la ville de Nantes. Elle puise pour cela dans le champ cognitif et scientifique et invente un langage artistique, sorte de poétique matérielle qui définit l'art comme outil à penser le monde dans sa complexité. L'œil ne suffit pas à appréhender ses œuvres puisqu'elle utilise des matériaux aux propriétés non visuelles, chimiques ou physiques.