• Simon Brault, Président de Culture Montréal 

La  présentation de Simon Brault mettra en relief la pensée et l'action de Culture Montréal qu'il a fondé et qu'il préside depuis presque 12 ans. Il évoquera aussi des exemples tirés de ses pratiques comme directeur de la plus grande école de théâtre au Canada, en plus de faire référence aux débats auxquels il a pris part comme vice-président du Conseil des arts du Canada qui finance l'excellence artistique au niveau national (il aura lors du colloque alors terminé son deuxième mandat de 5 ans au service de cet organisme).

"Sur le plan théorique, le concept de citoyenneté culturelle  nous permet de nous extraire de la  dynamique d'opposition souvent simpliste et  stérile entre démocratisation (de la culture savante, la culture comme accès aux œuvres) et démocratie culturelle (la culture comme expression). En effet, il s'agit d'intégrer les enjeux concrets  de la démocratie culturelle tout en les dépassant, en les portant à un niveau sociologique, sinon même politique.

C'est l'angle retenu par un organisme comme Culture Montréal qui intervient sur le territoire de la ville avec l'objectif de modifier profondément le pouvoir, le leadership et la gouvernance culturels qui se sont  affirmés et consolidés au niveau de la ville en reproduisant les mécanismes des politiques culturelles étatiques avec prédominance des experts, organisation en silos disciplinaires, division entre les arts et les lettres, le patrimoine et les industries culturelles, opposition des finalités (démocratisation, stimulation économique, tourisme et autres) et ravalement du citoyen au rang de public ou, pire, de consommateur.    

Sur le plan politique, on ne parle donc plus simplement de reconnaissance de droits culturels ou d'accès à l'offre culturelle produite, programmée et diffusée par les institutions. On s'intéresse aux êtres humains, aux citoyens, comme acteurs culturels, comme décideurs, comme agents de création, comme producteurs et, même, comme diffuseurs de culture. La notion de citoyenneté culturelle propulse à l'avant-plan celle de la participation culturelle.

La réalité même de citoyenneté culturelle est évidemment plus concrète et palpable avec les progrès du numérique qui outille les citoyens comme acteurs de leur vie artistique et culturelle et qui leur confère un pouvoir culturel qui était jusqu'alors monopolisé par les institutions et les professionnels investis de la connaissance, des ressources et de l'expertise culturelles. Concrètement, la chaîne programmation-création-production-diffusion-consommation est désarticulée par le numérique, et celui qui était jusque là un consommateur culturel peut rompre avec la passivité et l'absence d'influence qui s'imposaient comme postulat de sa relation avec la culture.

L'idée de participation remet en question  la verticalité des systèmes culturels que nous connaissons pour créer des espaces incarnant les valeurs des citoyens ainsi que des plateformes porteuses d'interactions et de créativité entre les domaines économique, environnemental, social ou culturel. De la même façon, dans le domaine des arts, la médiation culturelle n'est plus simplement perçue comme la tentative d'établir des ponts entre une œuvre et un citoyen non initié à l'œuvre, mais plutôt comme la façon de réunir les gens autour d'une œuvre et de les mettre en interactions avec cette œuvre.

La résurgence de la notion de citoyenneté culturelle n'est pas non plus étrangère à la montée des préoccupations liées au renouvellement du discours et des actions en faveur du développement durable."