Entretien avec Loïc Ménanteau, chercheur CNRS au laboratoire Geolittomer, qui participe à la création et la mise en oeuvre de l'Observatoire « Jacques-Yves Cousteau » des mers et des côtes du Mexique.

"Rappelons brièvement que le Mexique est un important pays maritime : ses côtes ont, sans les îles, 11 122 km de longueur - environ 13 800 km avec le contour des lagunes (7 828 km pour la côte Pacifique et le golfe de Californie, 3 924 km pour le golfe du Mexique et la mer Caraïbe) et sa zone économique exclusive (ZEE), qui est de 3 149 920 km2, est supérieure de 60% à sa surface continentale (1 964 375 km2) ; 17 Estados sur 32 sont côtiers mais seulement 15% de la population vit sur le littoral."


Présentation du projet

L'idée de l'observatoire est née à la fin de l'année 2008 d'une initiative de l'Ambassade de France au Mexique. Le 12 janvier 2009, une première réunion au Ministère des Affaires étrangères à Paris marqua le début de sa mise en place. Le 9 mars 2009, lors de la visite du président de la République Française au Mexique, une Déclaration conjointe des gouvernements de la République Française et des États-Unis du Mexique « relative au développement durable des écosystèmes marins et littoraux » exprimait la volonté des deux parties de créer l'observatoire « Cousteau ».

 

En 2009 et 2010, deux séminaires ont permis de structurer l'Observatoire. Le premier séminaire s'est tenu au CIBNOR les 22-24 juin 2009 (La Paz, en Basse Californie Sud, Mexique). Il a rassemblé 110 participants représentant 17 institutions mexicaines, 8 institutions françaises (dont l'université de Nantes et le CNRS) et 4 organisations non gouvernementales.

Le second séminaire, qui a eu lieu à Mexico les 26-27 avril 2010 dans des locaux du CINVESTAV (Institut Polytechnique National - IPN) débuta le premier jour par la signature, entre le Secrétariat à l'Environnement et des Ressources Naturelles (SEMARNAT) des États-Unis du Mexique et l'Ambassade de France au Mexique, d'un Mémorandum d'Entente de coopération franco-mexicaine pour la création et le fonctionnement de l'Observatoire des Mers et des Côtes du Mexique. À ce séminaire ont participé pour la première fois des représentants de pays de l'aire régionale (Belize, Cuba, Costa Rica, Guatemala).

Ces séminaires ont été complétés par deux réunions techniques, l'une à Brest, les 21-23 octobre 2009 et l'autre à Mérida (Yucatán) les 22-25 novembre de la même année.


 L'observatoire est placé sous le signe de l'interdisciplinarité et de la longue durée. Il vient en appui au réseau franco-mexicain sur la mer mis en place en décembre 2007. Sa vocation est nationale, mais il possède aussi un caractère régional (zone des Caraïbes et pays d'Amérique centrale).

 

Principaux objectifs

  • Établir un Système d'information, institutionnel et interdisciplinaire, aidant à la prise de décisions et à la planification du développement durable des mers et des zones côtières du Mexique.
  • Développer la recherche sur la structure et le fonctionnement des écosystèmes marins et côtiers.
  • Créer un réseau de communication pour réunir et partager l'information.
  • Promouvoir l'échange mutuel d'expériences et de connaissances scientifiques et techniques, par la réalisation de réunions, ateliers, conférences, séjours, entre autres.

 

Deux antennes de l'observatoire ont été créées :

  • à La Paz (Basse-Californie Sud), au siège du CIBNOR, pour le Pacifique et le golfe de Californie / Mar de Cortés, inaugurée le 24 juin 2009 ;
  • à Mérida (Yucatán) pour le golfe du Mexique et les Caraïbes, inaugurée au centre du CINVESTAV-Mérida de Telchac (Yucatán) le 19 novembre 2009, avec l'assistance du président de la région des Pays de la Loire, venu signer, avec une délégation, des accords de coopération avec l'état du Yucatán (visite coïncidant avec l'arrivée de la course « La solidaire du chocolat » au port de Progreso).

 


Huit thèmes ont été choisis :

  • 1 - Définition des politiques publiques
  • 2 - Caractérisation et utilisation du territoire
  • 3 - Activités économiques
  • 4 - Milieu physico-chimique
  • 5- Biodiversité, habitats, espèces menacées
  • 6 - Exploitation et valorisation des ressources
  • 7 - Evaluation des risques climatiques
  • 8 - Conservation et restauration


Pour chacun de ces thèmes un binôme franco-mexicain a été désigné. Loïc Ménanteau (Géolittomer, CNRS et université de Nantes) est co-responsable avec Patricia Muñoz Sevilla, directrice du CIIEMAD de l'IPN, du thème 2 Caractérisation et utilisation du territoire.


Principaux centres de recherche impliqués :

pour le Mexique, CIBNOR, CINVESTAV, CONACyT, IPN-CIIEMAD, CICIMAR-IPN, INAPESCA, UABCS

pour la France, Ambassade de France au Mexique, IRD, UBO

Cousteau Society


Gouvernance de l'Observatoire

La gouvernance de l'observatoire est assurée par un comité et deux conseils : 
  • un Comité exécutif, responsable de la prise de décisions et de l'instrumentation des actions, des procédures et des stratégies de coopération entre les Parties. Il est piloté par la SEMARNAT, qui coordonne la Comisión Intersecretarial de Mares y Costas (CIMARES) chargée de définir la politique environnementale nationale pour le développement durable des océans et des côtes, et l'ambassade de France au Mexique représentant le gouvernement français.
  •  un Conseil scientifique, responsable de la révision, approbation et coordination des activités de surveillance et de recherche ainsi que des autres tâches techniques qui font partie de l'Observatoire. Il est présidé par l'Instituto Nacional de Ecología (INE). Renaud Fichez (IRD) et Patricia Muñoz Sevilla (CIIEMAD, IPN) en assurent respectivement pour la France et le Mexique la coordination scientifique.
  •  un Conseil financier.

 

Pour rendre l'Observatoire opérationnel, il est envisagé de présenter un projet européen en novembre 2010 et de développer des projets bilatéraux.


Proposition nantaise d'un Atlas thématique

Lors du dernier séminaire d'avril 2010, Loïc Ménanteau, membre du Conseil scientifique, a proposé la réalisation d'un atlas, thématique et dynamique, des mers et des côtes du Mexique (avec cartes, images de satellite, graphiques, ...) afin de rassembler les données éparses, actualiser périodiquement les statistiques pour les indicateurs choisis et fournir des documents synthétiques de caractère interdisciplinaire. Cette proposition a déjà eu des échos dans la presse mexicaine.