• Le 14 avril 2015

La cicatrisation d’une fracture osseuse peut s’avérer longue. Très longue parfois. Pour répondre à ce problème, un consortium de chercheurs européens (REBORNE), auquel participe le Laboratoire de Physiopathologie de la Résorption Osseuse et Thérapie des Tumeurs Osseuses Primitives (LPRO – Inserm/Université de Nantes), a développé une "cellule médicament" innovante permettant de réparer et consolider plus efficacement les os fracturés.

Le principe de cette nouvelle méthode thérapeutique consiste à combiner des cellules souches humaines à un biomatériau. "Jusqu'à présent, pour consolider une fracture osseuse, il était nécessaire de prélever un bout d'os sur le patient pour le greffer à un autre endroit" explique Pierre Layrolle, directeur de recherche Inserm au Laboratoire de Physiopathologie de la Résorption Osseuse et Thérapie des Tumeurs Osseuses Primitives (LPRO) et coordinateur du projet REBORNE (Regenerating Bone defects using New biomedical Engineering approaches). Grâce à la médecine régénérative et aux travaux menées par le consortium européen, les chercheurs ne prélèvent désormais qu'une petite quantité de moelle osseuse, en isolent les cellules souches servant à la cicatrisation, et les appliquent directement sur la fracture à l'aide d'un biomatériau qui sert de support. "C'est une alternative tout à fait crédible à la greffe osseuse."

  • 93% de réussite aux essais cliniques
Avant de démontrer la sécurité et l'efficacité de cette cellule médicament sur les patients, de nombreuses recherches précliniques ont été menées dans plusieurs laboratoires européens, et notamment au Laboratoire de Physiopathologie de la Résorption Osseuse et Thérapie des Tumeurs Osseuses Primitives (LPRO) de Nantes. Ces études ont permis d'obtenir l'agrément des agences réglementaires pour démarrer en mai 2013 un essai clinique sur des patients victimes de fracture du fémur, du tibia ou de l'humérus, "des fractures souvent dû à des accidents de sport, des accidents du travail ou des accidents de la route. Ces fractures non consolidées représentent aujourd'hui 10% des fractures constatées." Réalisées sur 30 patients, cet essai a permis de montrer une consolidation osseuse dans 93% des cas. "On remarque même chez ces patients une consolidation dans les 6 mois après la fracture", précise Pierre Layrolle.

D'autres essais cliniques ont également été réalisés et sont encore en cours pour traiter des cas de nécroses de la hanche, chez l'adulte et chez l'enfant, mais aussi pour des cas d'augmentation osseuse au niveau de la mâchoire ou des reconstructions de fentes palatines (chirurgie maxillo-faciale). "Les objectifs fixées au début du programme, en 2010, à savoir mettre en place 5 phases d'essais cliniques sur 5 ans, sont atteints. Nous avons reçu l'agrément de toutes les agences de médicaments de chaque pays impliqué pour mener à bien nos recherches et nos essais. Et avec réussite !"

  • Une suite déjà programmée
Si avant même la fin du programme (en juin 2015), les résultats sont déjà très prometteurs, une suite est déjà programmée. Coordonné par l'Hôpital La Paz de Madrid, le programme REBORNE 2 sera lancé en octobre 2015, et permettra notamment de réaliser des essais cliniques comparant cette nouvelle approche de thérapie cellulaire avec les traitements de référence. Les essais cliniques concerneront les fractures non-consolidées et les nécroses de la hanche en utilisant des cellules du patient ou d'un donneur. Mais plusieurs pistes de recherche restent ouvertes et devraient se poursuivre au Laboratoire de Physiopathologie de la Résorption Osseuse et Thérapie des Tumeurs Osseuses Primitives (LPRO) de Nantes. "On peut encore se demander pourquoi on n'arrive pas à cicatriser les 10% des fractures ? Comment expliquer le mécanisme d'action des cellules souches dans la régénération osseuse ? Est-ce que l'on peut-on utiliser autre chose une autre source que la moelle osseuse des patients ?" conclut Pierre Layrolle.