Depuis février 2009, l’Université de Nantes accueille le programme Lascaux, projet sélectionné et financé par la Commission Européenne, sous la direction de François Collart Dutilleul. Le programme, inscrit sur 5 ans, se donne pour objectif de faire progresser le droit alimentaire à la lumière des enjeux de la sécurité alimentaire, du développement durable et du commerce international. Interview de François Collart Dutilleul, directeur du Programme

Quelques mois après son lancement, où en est le programme Lascaux ?

François Collart Dutilleul : Avec une soixantaine de chercheurs du monde entier, nous avons mis au point une méthode de travail pour les mois et années à venir. Nous avons décidé la réalisation d'un dictionnaire encyclopédique du droit et de l'alimentation ainsi que la publication de deux ouvrages universitaires, un code de droit européen et international de l'alimentation et un ouvrage doctoral en fin de cursus. Des articles dans des revues scientifiques internationales et plusieurs réunions de travail (séminaires, colloques...) sont aussi prévus.

Quel va être l'objectif de ces réunions de travail durant ces 5 ans ?

Les différentes réunions de travail permettront d'aborder et de réfléchir à des sujets très concrets. En janvier 2010 par exemple, nous avons étudié les dysfonctionnements dans le droit de l'alimentation, des « bugs » dans le droit européen. Nous voulons identifier pourquoi ça ne fonctionne pas. Il y a aujourd'hui une insécurité et une incohérence juridique dans ce domaine.

Quelles sont les pistes de recherche privilégiées par le programme Lascaux ?
Premièrement, il y a un travail de diagnostic sur les causes des problèmes alimentaires à faire à partir de cas pratiques, dans le monde entier. Rechercher pour chaque crise les causes identifiées en droit. Il existe partout des règles inadaptées, mal appliquées ou mal formulées.

Quelles sont les autres ?
Deuxièmement, nous souhaitons travailler sur les échanges internationaux. Le cycle de Doha, sur la négociation des denrées alimentaires et des produits agricoles par l'OMC, a échoué en février dernier. Aujourd'hui, la question est : est-on capable de créer un modèle de commerce international ? Jusqu'à aujourd'hui, un travail a été fait avec les économistes, mais pas avec les juristes. Le droit doit prendre toute sa place.

Comment vont se dérouler les recherches ?
Il faut aller à la source. Nous avons ciblé quatre sujets dans quatre régions du monde : l'Amérique centrale, à San José, au Costa Rica, pour une étude de cas sur le commerce international des aliments ; l'Argentine, à l'Université de Santa Fe, pour les questions liées aux risques sanitaires. Une étude sera réalisée aussi à Dakar, au Sénégal, concernant les problèmes africains, et enfin le Canada, pour les problèmes alimentaires qui touchent les populations autochtones.
 
Une place particulière est accordée à l'Afrique...
Oui. Pour la première fois, un groupe de chercheurs de cinq pays africains (Mali, Cameroun, Sénégal, Tchad, Burkina Faso) a été créé pour réfléchir à ces problèmes. Un diplôme de Master en agroalimentaire, parrainé par le programme Lascaux, va aussi être créé à Bamako, au Mali. Un Institut de formation et de recherche en agroalimentaire, piloté par l'Université de Dakar, est également en projet, à une échéance de deux ans.

Quel est l'objectif, à terme, de ce programme, en 2014 ?
François Collart Dutilleul : Le programme Lascaux a pour vocation de comprendre pourquoi il y a ces problèmes alimentaires et d'éviter que cela se reproduise. Nous voulons pouvoir peser sur la résolution des problèmes liés à l'alimentation tout en associant la société civile, décideurs politiques et citoyens à ce sujet. La formation des nouvelles générations est également un de nos objectifs.

Le programme Lascaux

Le projet Lascaux a été sélectionné par le Conseil Européen de la Recherche, en août 2008, à la suite d'un appel à propositions international relevant du programme européen "IDEES" inscrit dans le 7e Programme-Cadre. Le projet a fait l'objet d'un contrat conclu le 21 janvier 2009 entre la Commission européenne et l'Université de Nantes qui l'accueille. Le programme Lascaux est prévu pour 5 ans, jusqu'en janvier 2014, sous la direction du professeur à l'Université de Nantes.

Le programme de recherche juridique vise à établir un diagnostic exigeant, précis, concret des causes des problèmes que le monde rencontre pour nourrir la planète, afin d'ouvrir des voies nouvelles de solutions à partir de ce diagnostic. Le programme se compose d'une soixantaine de chercheurs de tous les continents et rassemble des scientifiques d'horizon très divers.

Plus d'infos sur www.droit-aliments-terre.eu