Entretien réalisé en mars 2014

Jean-Louis Kerouanton, vice-président Patrimoine Immobilier présente la nouvelle stratégie patrimoniale de l'université. Porteuse d'une nouvelle vision, cette stratégie met l'accent sur les enjeux de rénovation, de réhabilitation
énergétique et de "réhabitation" de nos locaux.

Quel état des lieux du patrimoine immobilier de l'université faites-vous ?

Le patrimoine immobilier de l'Université de Nantes est devenu un enjeu majeur pour notre université. Il est considérable puisqu'il représente plus de 100 bâtiments soit 400 000 m² sur plusieurs villes !

Notez que ces dix dernières années, notre surface immobilière a presque doublé avec de nouveaux bâtiments, pour la plupart consacrés à la recherche.

Les coûts de fonctionnement augmentent malheureusement chaque année de 5% à 8% alors que notre dotation de fonctionnement, elle, n'augmente pas. Nous sommes donc potentiellement face à ce que nous pourrions appeler « une bombe énergétique ». Il y avait urgence à trouver des solutions et surtout à développer une nouvelle vision. C'est pourquoi nous avons travaillé à une nouvelle stratégie patrimoniale raisonnée, avec un triple objectif : réhabilitation, « réhabitation » et maîtrise de coûts.

Au-delà des contraintes budgétaires incontournables, c'est une véritable opportunité d'accélérer le mouvement de transition énergétique qui s'offre à nous et nous avons le devoir de nous en saisir.

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La transition énergétique est donc nécessaire, comment allons nous prendre ce virage ?

Nous pourrions nous contenter de dire que la réhabilitation, c'est d'abord faire baisser le coût des dépenses énergétiques au m². En fait, la réflexion va bien au-delà. Avant toute chose, nous devons savoir "réhabiter" nos bâtiments, et cela passe par une phase nécessaire de questionnement des usages. Depuis la construction de nos bâtiments, dont une grande partie remonte aux années 60 et 70, les usages en terme de recherche et de pédagogie ont considérablement évolué. De même, nous devons faire évoluer la façon dont nous habitons ces lieux : plus de salles de cours de TD, moins de cours en amphis, plus de proximité entre formation et recherche... Les pratiques des usagers et les nouveaux besoins d'enseignements doivent être au cœur des préoccupations.
Nous n'avons pas forcément besoin de davantage de surface, mais plutôt de repenser complètement l'utilisation des surfaces existantes.

L'exemple du projet du Nouveau Tertre est assez emblématique de ce changement de perspectives : le groupe d'usagers qui a participé à l'élaboration du projet de réhabilitation du bâtiment du Tertre a réussi à remettre en question les pratiques et les usage pour parvenir, à surface égale, à un projet qui améliore le confort des personnels et des étudiants.

Il ne faut pas croire que la question de la transition énergétique est synonyme de repli sur nous-même. Bien au contraire, nous devons plus que jamais être dans l'innovation, dans la modernité... nous devons changer de paradigme.

Pour cela, l'Université de Nantes a rapidement compris qu'il était nécessaire de se doter d'une maîtrise d'ouvrage de haut niveau. Nous avons fait le choix d'internaliser certaines compétences métiers à l'université afin de nous appuyer sur une vraie équipe de professionnels (ingénieurs, architectes, programmistes...) pour mener à bien tous nos projets. La qualité des échanges sur le terrain et la maturation des projets s'en trouvent considérablement améliorées.

Nous avons pourtant vu sortir de terre de nouveaux bâtiments ces derniers mois. N'est-ce pas en contradiction avec cette nouvelle politique patrimoniale ?


C'est en fait assez logique. En matière patrimoniale, nous nous inscrivons nécessairement sur un temps long. Un projet architectural peut durer plus de 10 ans entre la décision, les engagements de financements, et la réalisation. Les quelques bâtiments qui sont sortis de terre ces derniers mois sont le fruit de décisions anciennes.

Heureusement les choses ne sont pas complètement figées. Cette temporalité nous permet aussi de faire des modifications en cours de projet. Nous avons par exemple su faire évoluer le projet du Nouveau Tertre, (financé par l'opération Campus prometteur en 2008) aussi bien sur le plan de l'utilisation des m2 que sur le plan juridique, en sortant d'un montage contractuel en PPP qui ne nous satisfaisait pas.

Nous avons également participé à la mise en oeuvre de beaux projets décidés pour la plupart il y plusieurs années comme le CEISAM, ou l'extension de l'Institut Universitaire de Technologie de St Nazaire. De nombreuses opérations sont également en cours de construction comme le bâtiment qui accueillera l'ESPE à la Roche-sur-Yon ou le Data Center qui hébergera l'ensemble des matériels informatiques nécessaires au fonctionnement des services de l'université et toute la machinerie requise pour en assurer l'exploitation dans des conditions optimales.

La plupart de nos projets immobiliers sont financés avec l'appui de l'Etat et des collectivités territoriales. Réussissons-nous à partager cette nouvelle vision ?


Nos opérations immobilières sont effectivement le fruit de négociation avec l'Etat, la Région et Nantes Métropole, notamment dans le cadre du CPER (Contrat de plan Etat Région). Il existe également certaines grandes opérations nationales comme l'opération Campus qui nous a permis, en 2008, d'obtenir le label Campus prometteur et donc le financement par l'Etat, la Région Pays de la Loire et Nantes Métropole de plusieurs projets d'envergure : Nouveau Tertre, Institut de Recherche en Santé (IRS Campus), pôle universitaire sur le Quartier de la Création ...

Même si la tentation peut être grande pour tout le monde de construire de nouveaux équipements et bâtiments facilement valorisables sur le plan de l'attractivité, il y a quand même cette prise de conscience partagée que nous devons nous inscrire dans ce nouveau modèle durable sur le plan environnemental et soutenable sur le plan financier.

De manière cohérente avec notre politique patrimoniale, les projets que nous avons fait remonter dans le cadre de l'élaboration du prochain CPER (en cours de négociation avec la Région et l'Etat) sont avant tout basés sur la rationalisation des surfaces bâties et sur l'optimisation de nos performances énergétiques.
Nous y avons certes priorisé nos projets jusqu'en 2020, mais nous avons surtout, ce qui est nouveau, construit notre stratégie immobilière en phasant nos opérations sur 15 ans. Nous proposons notamment des opérations de réhabilitation énergétique et de restructuration sur le site de la Lombarderie.
Le projet des BU du l'Erdre devrait voir la réhabilitation des BU Droit / Sciences-éco / Lettres et Sciences où les surfaces existantes vont être optimisées et repensées en fonction des nouveaux usages : plus de surfaces de lectorat, moins de stockage physique, plus de stockage numérique, etc.
Enfin, nous devrions aborder la phase 1 du regroupement des différents bâtiments de formation et recherche sur le site unique de l'IUT de Saint-Nazaire.

Au-delà des aspects immobiliers, une politique patrimoniale se pense également en interaction avec son environnement urbain. Comment intégrez-vous ces paramètres ?


Les relations de l'Université de Nantes avec les différents acteurs du territoire vont bien au delà des contractualisations. Aujourd'hui, la place de l'Université de Nantes sur son territoire est incontournable.

Il ne faut pas oublier qu'avec 40 000 personnels et étudiants, notre établissement a la taille d'une ville moyenne au sein de la métropole. C'est une véritable ville dans la ville... Un nantais sur 12 travaille ou étudie à l'Université de Nantes !
En savoir plus sur l'exposition "l'université dans la ville" réalisée avec la collaboration de l'AURAN

L'université a donc un impact important sur les enjeux du territoire, sur la forme de la ville ou sur l'émergence d'une société locale "apprenante et attractive". Il est fondamental que les collectivités continuent à en prendre conscience et il est de notre devoir des les y inciter.
L'université doit être au cœur des dispositifs de la ville et ce bien au delà des flux de déplacements de nos étudiants : elle doit être le moteur des flux de déplacements de la connaissance.

Prenons l'exemple du futur Quartier de la création, fruit de la transformation du site Alstom qui aura vocation a rassembler un panel d'activités créatives pour devenir un véritable pôle d'excellence arts et culture. La métropole nantaise a rapidement compris que l'implication de l'Université de Nantes était indispensable et lui a demandé de piloter le pôle universitaire interdisciplinaires dédié aux cultures numériques.
Avec le regroupement sous le même toit du Pôle Universitaire, de la Cantine Numérique V2 et d'un hôtel d'entreprises innovantes, la halle 6 du Quartier de la Création a vocation à devenir un des bâtiments étendard du numérique nantais.

Le projet du Quartier Hospitalo-Universitaire sur l'île de Nantes est également un bel exemple de collaboration entre l'Université de Nantes et un autre acteur incontournable du territoire : le CHU.
Cette opération est une opportunité formidable puisqu'elle conforte les trois piliers de la médecine hospitalière, soins-formation-recherche, au sein d'un grand campus hospitalo-universitaire.