Civilisation arabe. Traduction.
Qualifié dans les 15e et 21e sections, je suis arabisant et historien médiéviste.
La plupart de mes travaux de recherche sont de nature historiographique. Cependant, ma double formation me conduit tout naturellement à attacher de l’importance aux questions d’ordre philologique, notamment aux modalités de l’énonciation. L’attention que je porte aux éléments formels du texte n’est toutefois pas une fin en soi. Je l’envisage plutôt comme un moyen de récupérer des données négligées par les travaux antérieurs.
Par ailleurs, l’intérêt que je porte au monde arabe contemporain (il relève de mon enseignement de civilisation à l’Université de Nantes, notamment en LEA) tout comme les activités qu’il m’a été donné d’exercer dans l’espace culturel nantais me procurent le recul méthodologique sans lequel il me semble difficile de conduire une recherche visant à la compréhension sensible des sociétés du passé, notamment dans le domaine des études arabes où, il faut bien le reconnaître, perdure parfois une certaine forme de conservatisme.
Ma spécialité est l’histoire du monde arabo-musulman à l’époque classique, plus particulièrement celle de l’Occident musulman (al-Andalus et Maghreb extrême) du Xe au XIIIe siècle.
Je me suis d’abord intéressé à la géographie et aux représentations de l’œcoumène telles que les ont élaborées les auteurs arabes médiévaux. Dès mon mémoire de maîtrise (traduction annotée des chapitres du Kitâb al-masâlik wa-l-mamâlik de Bakrî consacrés à la péninsule Ibérique et à l’Europe, 150 p.), j’ai été confronté à la question de la langue dans le travail de l’historien. Plutôt que d’opposer les approches linguistique et historiographique, dont aucune ne pouvait rendre compte d’un objet qui s’avérait irréductible à une seule de ses dimensions, soit textuelle soit documentaire, il m’a semblé qu’il fallait, au contraire, conjuguer de façon intime cette double potentialité.
J’en ai tiré la conviction que le cloisonnement disciplinaire réduisait le champ de la recherche et j’ai, depuis, toujours essayé de rouvrir l’espace, en travaillant autant avec les littéraires qu’avec les historiens, quitte à passer pour un arabisant aux yeux des historiens et pour un historien aux yeux des arabisants. En œuvrant, également, à gommer la frontière entre histoire médiévale et histoire ancienne. Je pense y être parvenu, du moins localement, grâce à la création, au sein de la MSH de Nantes, d’un séminaire de recherche associant médiévistes et antiquisants autour de la thématique des contacts, des échanges et des transferts dans le monde méditerranéen dans l’Antiquité et au Moyen-Âge (2000-2004). Tentative réussie, puisque le séminaire devait donner naissance à l’EREMAM (Équipe de recherche sur les échanges en Méditerranée antique et médiévale), équipe d’émergence labellisée par l’Université de Nantes (2005-2007) puis incorporée au sein du CRHIA (Centre de recherches en histoire internationale et atlantique, EA 1163, Université de Nantes), où elle s’est maintenue de façon informelle jusqu’à sa renaissance, à la fin de l’année dernière (2009), en tant que composante à part entière du laboratoire.
Entre temps, j’avais exploré dans ma thèse de doctorat la question du pouvoir dans l’Islam classique, en prenant pour exemple l’Espagne musulmane du XIe siècle, celle de l’apparition des taifas et de l’éclatement du califat. Je m’étais attaché, notamment, à évaluer la dimension symbolique du pouvoir, qui fonde et reflète à la fois la légitimité du prince, ceci à travers l’analyse de quelques prérogatives régaliennes ou pseudo-régaliennes comme la titulature et la frappe monétaire : deux domaines où il est également question de langue et de mots. À nouveau confronté aux ambiguïtés du discours, ici du discours politique, littéraire et historiographique qui voile et dévoile en même temps la réalité sous-jacente, j’ai développé de la circonspection à l’égard des modèles interprétatifs (dans la mesure où ils ne sont, souvent, que l’avatar moderne de la pensée rhétorique) et une seconde conviction, celle que les sources écrites doivent être abordées en tant que documents textuels, c’est-à-dire obéissant aux règles formelles d’un code de connivence, même s’ils expriment, aussi, une sensibilité particulière, une façon d’être au monde.
C’est donc très naturellement que mon intérêt, petit à petit, s’est déplacé vers des notions discrètes, presque impalpables, qui ont trait à la « chair » de l’histoire, aux individus : leurs habitudes et leurs modes ou codes de pensée, leur imaginaire, leurs croyances intimes, leurs peurs et leurs désirs, leurs transactions avec la loi. Cette orientation m’a conduit à privilégier des thèmes ayant trait à la vie quotidienne, aux images mentales et aux perceptions de la réalité, ainsi qu’aux écarts à la norme (consommation d’alcool, préférences sexuelles, etc.). Il s’agit moins d’une histoire des mentalités que d’une tentative de restitution, presque anthropologique, des hommes et des femmes du monde arabo-musulman médiéval. Je n’ai pas hésité à utiliser, à cette fin, le corpus littéraire (au sens propre), notamment la poésie, partant de la constatation, facile à vérifier dans l’Islam médiéval, que le juriste, le lettré-écrivain, le chroniqueur, le savant et le poète sont, la plupart du temps, une seule et même personne, et qu’il serait absurde de démailler le tissu du texte au motif que tel fil relèverait de la compétence de l’islamologue, tel autre de celle de l’historien et tel suivant du spécialiste de la littérature…
Toutefois je demeure profondément historien, dans la mesure où je ne sais pas isoler l’individu de la société à laquelle il appartient et de l’époque dans laquelle il vit, ni de l’environnement qui l’entoure, à commencer – et on a trop longtemps, je crois, sous-estimé ce paramètre – par l’environnement naturel. J’ai donc ouvert un nouveau chantier en lançant, dans le courant de l’année 2006, un projet qui me tenait à cœur, mais que je n’avais pas pu mettre en œuvre, car il excède les capacités d’une seule personne : la constitution, à partir du dépouillement systématique des sources arabes, d’une base de données sur le climat, les événements géologiques (séismes, tsunamis, éruptions volcaniques) et les crises sanitaires (épidémies, épizooties) ayant affecté l’Occident musulman (Tripolitaine, Ifrîqiyya, Maghreb et Andalus) entre le VIIe et le XVe siècle.
Démarré au sein de l’équipe Al-Andalus-Hispaniae de Framespa (France méridionale et Espagne, UMR CNRS 5136, Université de Toulouse 2 Le Mirail) sous l’appellation de 3CO2M (Climat, catastrophes naturelles et crises sanitaires dans l’Occident musulman médiéval), ce programme a été rapatrié en 2007 au CRHIA, ce qui m’a permis, profitant des synergies créées par EREMAM, de l’élargir à de nouveaux champs chronologiques et disciplinaires. Renommé 3C2MA (Climat, catastrophes naturelles et crises sanitaires en Méditerranée médiévale et antique) et réorganisé sur le modèle d’un réseau collaboratif d’experts, il associe, sous ma coordination générale, une vingtaine d’historiens, de géographes, de philologues, de biologistes et d’informaticiens affiliés à une quinzaine d’institutions et d’organismes de recherche français et étrangers. Grâce à la mise en place d’un partenariat entre le CRHIA, le LINA (Laboratoire d’Informatique de Nantes Atlantique, UMR CNRS 6241, Université de Nantes) et le CESCM (Centre d’études supérieures de civilisation médiévale, UMR CNRS 6223, Université de Poitiers), laboratoire dont je suis membre associé, une demande de financement vient d’être soumise à l’ANR dans le cadre de sa procédure d’appel à projets (Programmes blancs 2010).
Deux journées d’étude consacrées aux questions méthodologiques ont déjà eu lieu (Nantes 2007 et Madrid 2008). Leurs résultats sont en cours de publication (en savoir plus : www.3c2ma.fr). Mon ambition, durant la dernière partie de ma carrière de chercheur, serait de voir 3C2MA préfigurer l’implantation à Nantes d’un pôle international de recherche en éco-histoire.
Liste classée de publications récentes
DO - Direction d'ouvrage ou de revue
2010 (sous presse) - Minorités et régulation sociale en Méditerranée médiévale, sous la direction de S. Boisselier, F. Clément et J.Tolan, Rennes, PUR, 350 p.
2008 - Les vins d'Orient, 4000 ans d'ivresse, ouvrage coordonné par F. Clément, Nantes,Les Éditions du Temps, 192 p. (Gourmand World Cookbook Awards France, Best WineHistory Book, 2008).
2006 - Culture arabe et culture européenne. L'Inconnu au turban dans l'album de famille,textes réunis par M.Pondevie Roumane, F.Clément et J.Tolan, Paris, L'Harmattan, 278 p.
2006 - Espaces d'échanges en Méditerranée.Antiquité et Moyen-Âge, sous la direction de F.Clément, J.Tolanet J.Wilgaux, Rennes, PUR, 272 p.
2006 - L'Espace lyrique méditerranéen au Moyen-Âge.Nouvelles approches, sous la direction de D.Billy, F.Clément et A.Combes, Toulouse, PUM, 302 p.
OS - Ouvrages scientifiques ou chapitres d'ouvrages
2010 (sous presse) - « Monde musulman médiéval », dans O. Pétré-Grenouilleau (dir.), Dictionnaires des esclavages, Paris, Larousse,6 p.
2008 - «Vignes et vins dans l'Espagne musulmane », dans F.Clément (coord.), Les vins d'Orient, 4000 ans d'ivresse, Nantes, Les Éditions du Temps, 50 p.
2008 -« Califat abbasside : la circulation du pouvoir selon les Ahkâm sultâniyya d'al-Mâwardî (XIe siècle) », dans F. Hurlet (dir.), Les Empires. Antiquité et Moyen Âge. Analyse comparée,Rennes, PUR, 22 p.
2007 -« La terminologie castrale dans les sources arabes du Moyen-Âge :l'approche philologique», dans P. Sénac (dir.), Le Maghreb, al-Andalus et la Méditerranée occidentale (VIIIe-XIIIe siècle), Toulouse, PUM, 15p.
2007 - «Lettre des oulémas au pape Benoît XVI », traduction de l'arabe, dans J. Bollack, C.Jambet et A.Meddeb, La conférence de Ratisbonne. Enjeux et controverses, Paris, Bayard,11 p.
2006 -« Catégories socioprofessionnelles et métiers urbains dans l'Espagnemusulmane », dans F. Géal (dir.), Regards sur al-Andalus (VIIIe-XVe s.),Madrid-Paris, Casa de Velázquez et Éditions Rue d'Ulm, 34 p.
2006 - «L'eau sous la langue et autres arabesques », dans J. Pigeaud (dir.), L'Eau, les Eaux. Xes Entretiensde la Garenne-Lemot,Rennes, PUR, 24 p.
2006 - «La province arabe de Narbonne au VIIIe siècle », « La France vue par un voyageurarabe au Xe siècle », « Des musulmans à Montpellier au XIIe siècle? », « Les esclaves musulmans en France méridionale aux XIIe-XVesiècles », dans M. Arkoun (dir.), Histoire de l'islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, Paris, Albin Michel, 18 p..
ACL - Articles dans des revues internationales ou nationales avec comité de lecture
2009 -«Deux dirhams arabo-andalous de la période émirale trouvés en Loire », Al-Qantara, 30/1 (janvier-juillet),Madrid, 12 p.
2008 - «Les monnaies arabes et à légende arabe trouvées dans le Grand Ouest », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest,115/2 (juin), L'archéologie méditerranéenne et proche-orientale dans l'Ouest de la France. Du mythe des origines à la constitution des collections (textes réunis par D.Frère), Rennes, PUR, 29 p.
2007 -« Note d'archéologie : découverte d'une plaque boucle wisigothique dans les Corbières orientales », Bulletin de la SESA, 107, Carcassonne, 2 p.
ACTI -Communications avec actes dans un colloque international
2010 (à paraître) - « Le programme de recherches 3C2MA », dans F.Ogé et M.Fort (dir.), Risques naturels en Méditerranée occidentale (Actes du colloque de Carcassonne, 16-21 novembre2009), 8 p.
2010 (sous presse) - « Les homosexuels dans l'Occident musulman médiéval : peut-on parler de minorité ? », dans S. Boisselier, F. Clément et J. Tolan(dir.), Minorités et régulation sociale en Méditerranée médiévale ,Rennes, PUR, 24 p.
2010 (sous presse) - « Les relations interreligieuses en Andalus (Espagne musulmane)du IXe au XIIIe siècle : déconstruction d'un mythe ? »,dans F. Rognon (dir.), Le buissonnement monothéiste. Les régulations du pluralisme dans les religions du Livre. Approches socio-historiques et théologiques,Strasbourg, PUS, 19 p.
2006 - «Le métier de poète dans l'Occident musulman », dans L'Espace lyrique méditerranéen au Moyen-Âge. Nouvelles approches,sous la direction de D. Billy, F. Clément et A. Combes, Toulouse, PUM, 22 p.
2006 - « Shâriqât al-zafar, les soleils dutriomphe : le récit de la bataille deCaracuel (12 avril 1173) », dans R. Jacquemond (dir.), L'écriture de l'histoire, I, Écrire l'histoire de son temps. Europe et monde arabe, Paris, L'Harmattan, 10 p.
ACTN -Communications avec actes dans un colloque national
2010 (à paraître) - «Variations andalouses sur le corps du délit : corps puni, corps humilié dans l'Occident musulman médiéval», dans L. Bodiou, M. Soria et V. Mehl (dir), Corps outragés, corps ravagés. Regards croisés de l'Antiquité auMoyen-Age, Turnhout, Brépols, 20 p.
2010 (à paraître) - « Le discours de la guerre dans la propagande almohade », Stratégique, n° spécial (Guerre et culture arabo-musulmane), 10 p.
2010 (à paraître) - « Écrire la rumeur : les marqueurs d'accréditation dans les sourcesarabes médiévales», dans M. Soria et M. Billoré (dir.), La rumeur au MoyenÂge. Constructions, usages, diffusions, Rennes, PUR, 19 p.
2010 (à paraître) - « Agronomes et viticulturedans l'Espagne musulmane (XIe-XIVe siècle) », dans Célèbres ou obscurs. Hommes et femmes dans leurs territoires et leur histoire, Actes du 134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, CTHS, 9 p. (édition électronique).
2010 (sous presse) - « Nommer le territoire : le cas des sources arabes (Maghreb etAndalus) », dans S. Boisselier (dir), Del'espace aux territoires. Pour une étude des processus sociaux et culturels en Méditerranée occidentale médiévale, Turnhout, Brépols, 15 p.
2010 (sous presse) - « Les métamorphoses animales dans l'islam populaire médiéval etmoderne », dans J. Pigeaud (dir.), Métamorphose(s). XIIIes Entretiens de la Garenne-Lemot, Rennes, PUR, 15 p. + 8 pl.
2009 - «La vie de plaisir ou une esthétique d'art total dans l'Espagne musulmane du XIesiècle », dans J. Pigeaud (dir.), La rencontre entre les arts. XIIes Entretiens de la Garenne-Lemot, Rennes, PUR,13 p. + 3 pl.
2009 - «Nommer l'autre : qui sont les Ifranj(Francs) des sources arabes du Moyen Âge (Andalus et Maghreb) ? », dans Recherches.Culture et histoire dans l'espace roman, 2 (De mots en maux : parcours hispano-arabes, sous la direction d'E. Weber et I. Reck), Strasbourg, UMB, 27 p.
2008 - «Aux marges de l'Islam, des Pyrénées aux Alpes et au Jura : les Sarrasins (VIIIe-Xe siècles) », Les Cahiers Bernon,3, Lons-le-Saunier, Éditions Aréopage, 36 p.
2005 - «La rhétorique de l'affrontement dans la correspondance officielle arabo-andalouse aux XIIe et XIIIe siècles », Cahiers d'Études Hispaniques Médiévales,28, Lyon, ENS Éditions, 27 p.
ACLN - Articles dans des revues avec comité de lecture non répertoriées dans des bases de données internationales
2009- « Note sur la capture de Mayeul par les Sarrasins », Les Cahiers Bernon,4, Lons-le-Saunier, Éditions Aréopage, 8 p.