• Le 01 décembre 2017

Olivier Laboux, président de l'Université de Nantes, a tenu ce vendredi 1er décembre à midi une conférence de presse, durant laquelle il a rappelé la position de l'établissement sur les actuelles occupations du Campus Tertre :

Olivier Laboux"Depuis mercredi soir 22 novembre, un collectif de plusieurs dizaines de personnes (étudiants, militants associatifs et migrants) a décidé d'occuper près d’une dizaine de salles de cours au rez-de-jardin du bâtiment Censive sur le campus du Tertre afin d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur la situation des mineurs étrangers isolés.

Mis devant le fait accompli, nous avons immédiatement fait le nécessaire pour garantir la sécurité des personnes présentes, ainsi que celle des bâtiments, en mobilisant des personnels supplémentaires. Nous sommes également parvenus à assurer, pour le moment, le déplacement des cours malgré l’occupation de ces salles. Enfin, nous avons échangé dans les plus brefs délais avec l’État et les collectivités locales. On nous demande en effet de faire pression sur les pouvoirs publics, de jouer un rôle de médiateur...

Nous sommes donc sollicités pour intervenir sur un champ de mission qui n’est pas le nôtre, sans en avoir ni l’expertise globale, ni les moyens pour apporter des réponses adéquates alors mêmes que les moyens alloués pour nos propres missions sont déjà forts contraints.

Face à ce contexte inédit, nous avons souhaité prendre le temps pour appréhender au mieux la situation réelle des migrants dans nos locaux. Dès le lendemain, jeudi 23 novembre, j’ai demandé qu’une prise de contact soit établie avec les occupants. Cela a donné lieu à un long entretien avec eux en fin de journée afin de bien comprendre les tenants et aboutissants de la situation.

 

L’occupation du Château

Dimanche 26 novembre, en début de soirée, alors que le dialogue était continu et de bonne qualité, nous avons découvert, qu’après en avoir fracturé la porte, les occupants ont décidé d’occuper le Château du Tertre, en plus du rez-de-jardin de Censive.

Ce bâtiment est dans un état qui ne permet en aucun cas de recevoir du public : il n'y a ni eau, ni chauffage, et son système électrique est dégradé. C’est la raison pour laquelle des travaux importants sont prévus à partir du 5 décembre prochain.

Lundi 27 novembre, le 1er Vice-président s’est rendu sur place et a demandé aux occupants d’agir en responsabilité et de quitter immédiatement ce bâtiment, indiquant que, dans le cas contraire, nous serions nous-mêmes dans l’obligation de revoir notre position initiale car nous ne pouvons accepter une dégradation de la situation au détriment de la sécurité des individus et des biens.

Par un communiqué  de presse diffusé en début de soirée le jour même, le collectif a indiqué refuser de libérer ce bâtiment.
En occupant ce nouveau lieu, il nous a semblé que le collectif n’était plus uniquement dans la défense de la cause initiale (celle des migrants mineurs isolés) mais portait son action sur un champ plus large de revendications.

 

Une position claire

Les bâtiments universitaires sont des lieux ouverts, pour nos étudiants, pour nos enseignants-chercheurs. Nos campus sont des lieux de vie à part entière, de culture, de sport. Ils sont des symboles d’ouverture et ils doivent aussi être respectés pour cela.

Aujourd’hui, ces occupations se font au détriment de l’accomplissement de nos obligations de services publics que nous essayons de mener au mieux pour nos étudiants. Cette situation soulève des questions de sécurité et d’organisation que nous devons résoudre en mobilisant fortement des dizaines de collègues.

Pour autant, et depuis le début, nous avons souhaité maintenir un dialogue avec les occupants. Nous avons également échangé avec des organisations représentatives des personnels et des étudiants, que je remercie pour la qualité des échanges que nous avons. Nous multiplions dans le même temps les contacts avec les collectivités locales, l’Etat et le réseau associatif nantais.

C’est pourquoi je réaffirme aujourd’hui une position claire qui tient en deux points :
  • Une libération du château, immédiate et sans conditions
  • Un accompagnement des migrants dans le cadre de nos missions
 

La nécessaire libération du château du Tertre

La présence au château n’est pas acceptable. Les risques pour les individus et les biens sont réels.

Nous constatons de plus que les revendications et les mots d’ordre du collectif sont pour le moins larges et visent l’accomplissement d’idéaux politiques que je ne juge pas mais qui dépassent largement la cause des migrants.  
Je le dis clairement : nous avons des doutes sur la stratégie de certains occupants qui est celle de la recherche de la rupture à travers des demandes de concessions toujours plus importantes (la Censive, le Château, la remise en état, l’hébergement jusqu’à la trêve hivernale, hier l’organisation d’un concert…).


Qui plus est, hier, les occupants sont intervenus pour rétablir l’eau sur le bâtiment du château. Ils ont pénétré par effraction dans la chaufferie du Tertre et sont intervenus directement sur nos réseaux techniques en prenant le risque de les endommager. Ce faisant, ils ont menacé la stabilité du système de chauffage et d’eau de l’ensemble du campus. Un prestataire a été dépêché pour s’assurer des risques de fuite. Leur agent a été menacé par trois personnes et a été obligé de rebrousser chemin.

Nous avons donc réalisé un constat d'huissier de l'occupation de ces deux bâtiments mardi dernier.
Nous avons ensuite déposé une requête auprès du Président du Tribunal administratif, mercredi soir, afin qu’une décision soit délivrée aux occupants les enjoignant de libérer le domaine public universitaire.

Cette requête n’entraine pas automatiquement l’intervention des forces de l’ordre. Par contre, elle permet à l’université d’en faire la demande si nécessaire.
Je l'affirme et le réaffirme : je ne souhaite pas avoir recours à la force publique. Cette hypothèse ne peut être envisagée qu’en dernier lieu et une fois que toutes les pistes de sortie de crise auront été étudiées.
L’évacuation sera notamment demandée si les occupants refusent de considérer que les locaux de la Censive constituent seuls une solution provisoire d’hébergement.

 

L’engagement de l’Université auprès des jeunes migrants

Pour autant, face à cette situation qui est la nôtre, je souhaite qu’une réunion avec les acteurs institutionnels présents à Nantes se tienne dans les plus brefs délais afin qu’une réponse collective soit trouvée. Nous ne pouvons nous permettre, dans l’intérêt de tous, de rester isolés.

Nous avons conscience de la complexité de cet enjeu migratoire qui est international et qui nous dépasse tous. Nous avons conscience que chacun, dans son rôle, tente d’y apporter une réponse. C’est le sens de nos propositions sur l’occupation de Censive et sur l’accompagnement aux études des jeunes migrants.

 

Une tolérance sur l’occupation des salles en Censive le temps de trouver de meilleures solutions

Nous en avons informé les occupants dès leur arrivée : l’Université n’est pas un lieu adapté pour répondre à la question de l’hébergement et de l’accueil de personnes en situation d’urgence. Nos bâtiments sont conçus pour assurer avant tout des missions universitaires de formation et de recherche.

Nous avons donc signifié que l’occupation devait se limiter aux salles de la Censive et que cette situation ne pouvait être que provisoire.

C’est une limite très claire.

 

Des propositions concrètes pour l’accès des migrants à l’enseignement supérieur

Parallèlement, dans le cadre de nos missions, nous pouvons apporter des réponses concrètes aux migrants nantais.
Au-delà de la question importante des mineurs isolés pour laquelle l'Université n'est pas compétente pour agir, certains jeunes migrants font part de leur souhait de pouvoir se former et se loger.

En premier lieu, je tiens à dire qu’en 2017 l’Université de Nantes accueille déjà 40 étudiants apatrides, demandeurs d’asile, réfugiés ou bénéficiaires de la protection subsidiaire. Ils ont intégré des niveaux Licence et Master, ou des parcours de formation au français, préalable indispensable pour intégrer les formations universitaires. Ces étudiants peuvent être dispensés de frais d'inscription et bénéficier d'une procédure administrative très allégée.

Nous avons identifié 3 volets précis d’action :

 

    1. Accompagner dans des formations diplômantes

J’invite aujourd’hui toute personne justifiant d’un diplôme ouvrant aux études supérieures dans son pays (ex. l’équivalent d’un bac pour s’inscrire en L1) et d’un niveau de compréhension du français adapté, et qui souhaite s’inscrire dans une formation à l’université, à se présenter à la direction des relations internationales de l’université. Ce service pourra coordonner le dossier qui lui est présenté en lien avec les formations souhaitées. Toutes et tous seront accueillies et guidé-es dans leurs démarches. Il n’y a aucun plafond ni aucune restriction sur le nombre d’étudiants accueillis. Chaque dossier sera étudié.
 

    2. Permettre l’apprentissage du Français Langue Etrangère

J’invite toute personne souhaitant candidater au Diplôme d’Université en Etude Française (permettant de justifier d’une niveau d’étude suffisant pour suivre des études dans l’enseignement supérieur) à se présenter au Service Universitaire des Langues – Institut de Français Langue étrangère qui les accueillera et les orientera. Une commission instruira toutes les demandes d’exonération de droits d’inscription et un accompagnement social sera systématiquement proposé en lien, notamment, avec le centre de santé (SUMPPS). Pour améliorer l’action de ce service, j’ai décidé de désigner un référent pédagogique pour accompagner d’avantage les étudiants migrants : solutions pédagogiques, aide à l’intégration avec l’appui des services de l’Université.
 

     3. Favoriser l’accès au logement pour des migrants étudiants

Concernant la question cruciale du logement, l'Université de Nantes s'engage à augmenter très significativement le nombre de places permettant l'accueil de migrants étudiants. Dans le cadre du partenariat Université-CROUS, j’ai décidé de réserver 40 chambres supplémentaires à compter du 1e février 2018, de les rendre accessibles prioritairement à des migrants étudiants et de faire assumer toute ou partie de la charge financière par l’Université de Nantes. Le CROUS m’a également indiqué qu’il pourra accompagner ces étudiants par de l'aide alimentaire.

L'Université de Nantes, déjà mobilisée depuis de nombreuses années pour accueillir et former les populations qui fuient la guerre, les persécutions ou la misère, renforce ses dispositifs.

L'enjeu est énorme: scolariser c'est former. Former, c'est insérer. Et c'est bien là le coeur de mission de l'Université. "

Olivier Laboux, Président de l'Université de Nantes